Produire son énergie

Interview ABF - Le solaire rouge en zone classée

Publié le 25/07/2022

Dominique Brenez est très attaché aux valeurs du patrimoine qu’il défend avec ferveur depuis 2013. Dans le cadre de restauration ou d’amélioration de performances énergétiques des bâtiments dans les sites protégés, il s’est tourné vers les tuiles photovoltaïques dont il nous explique les avantages et les points d’intérêt.

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

"J’ai longtemps exercé en tant que paysagiste avant de m'orienter vers le patrimoine. J’ai eu par exemple pour mission d'intervenir sur d’anciens parcs et jardins. Pour ce faire, je prenais en compte le patrimoine bâti des parcs existants, un élément qui me fascinait. J’ai souhaité en faire plus dans cette direction, c’est donc naturellement que j’ai suivi des études d’architecte puis intégré le corps des Architectes Urbanistes de l'Etat.
J’ai occupé précédemment les fonctions d'architecte des bâtiments de France en qualité d'adjoint au chef de service, à Mâcon. Il y a un an, j'ai été nommé Chef de l'UDAP du Jura. J’en suis ravi car le Jura détient un patrimoine construit important, plus riche que l'on pourrait croire, et qu’il est nécessaire de préserver.
Je suis également adhérent de l’ANABF*."

 

Vous avez travaillé avec les tuiles photovoltaïques, que vous avez intégrées dans des projets Bâtiments de France. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce produit ?

"A l'origine, je ne saisissais pas bien la différence entre tuiles et panneaux photovoltaïques. Les tuiles sont des produits très récents et présentent l’avantage d’être plus petites et plus adaptées à de nombreux bâtiments que les panneaux. Un de leur atout majeur réside aussi qu'elles peuvent être de couleur rouge, qui rappelle celle des tuiles locales dont la très grande majorité de notre patrimoine est recouvert.
Les panneaux de couleur noire ne s'accordent pas du tout avec nos toitures, contrairement à certains secteurs de l’Ouest de la France par exemple où l’ardoise est courante. Les effets de carré noir sur le fond rouge de nos tuiles jurent particulièrement et créent un impact visuel trop important. C’est pourquoi nous refusons de nombreuses demandes proches de sites protégés. Désormais, grâce à ces tuiles rouges, nous pouvons respecter l’aspect et la silhouette des villes."

 

Cela signifie que même les logements proches de sites protégés au titre du patrimoine pourront bénéficier de ces avancées énergétiques ?

"Exactement, nous allons pouvoir intégrer harmonieusement ces tuiles photovoltaïques dans le bâti existant sans dénaturer le visuel des villes. Pour en revenir aux panneaux noirs, il faut savoir que cette couleur donne l’apparence de grands "trous" dans les toitures. Ce n’est guère concevable ! D’autant que le Jura est parsemé de belvédères, il serait donc très dévalorisant pour ces sites remarquables d'offrir des points de vue avec des toits disparates et déstructurés !
Notre rôle en qualité d’architectes des Bâtiments de France est de préserver l’identité visuelle et le caractère patrimonial des lieux. C’est pourquoi nous avons refusé des chantiers en panneaux noirs et proposé alors la solution de panneaux rouges, ou encore mieux, de tuiles rouges, pour leur plus petit format.
Il ne faut pas oublier que le Jura est une destination touristique majeure, notamment pour la richesse de ses sites naturels et bâtis. Il convient de maintenir cette attractivité en portant attention aux vues sur les ensembles bâtis traditionnels. Les tuiles rouges répondent parfaitement à cette attente puisqu’elles ont l’élégance de se fondre dans le visuel du toit au point de pouvoir à peine les distinguer. Et c’est bien là l’effet recherché : la discrétion couplée à la performance énergétique."

 

Cela signifie-t-il que vous n’acceptez que les tuiles photovoltaïques ?

"Non, actuellement nous acceptons toujours l’installation de panneaux noirs en fonction de la configuration du lieu. S’ils sont peu visibles, bien dissimulés, nous n’avons aucune raison de les refuser. Nous étudions les projets au cas par cas, avec au besoin une visite sur site, afin de déterminer la pertinence de l’utilisation de panneaux ou de tuiles, de couleur rouge ou noire.
Dans bien des cas, nous conditionnons notre avis favorable à l'emploi de panneaux ou tuiles de couleur rouge.
Par ailleurs, certains sites protégés bénéficient de protections disposant de règlements, ce sont les Sites Patrimoniaux Remarquables (SPR).
La révision de ces documents permet d'intégrer des articles encadrant le développement des dispositifs de production d'énergie. On pense aux récents SPR d’Arbois et Poligny qui commandent que dans certains secteurs et sur certains types de bâtiments, seules les tuiles ou les panneaux photovoltaïques rouges sont autorisés.
Il est fort probable et souhaitable que les autres sites dotés de SPR évoluent dans le même sens, à l'occasion de la révision de leur règlement."

 

Le photovoltaïque attire-t-il toujours autant ?

"De plus en plus ! Et le nombre de demande reçues le prouvent bien. La filière solaire photovoltaïque s’est fortement développée en France et la conjoncture actuelle va largement inciter les propriétaires à se pencher sur la question. Le photovoltaïque va prendre une place importante dans les habitudes de consommation futures, il est donc nécessaire que le plus grand nombre puisse en profiter.
C’est pourquoi je pense que ces tuiles rouges sont une avancée significative dans ce domaine puisque désormais, se trouver à proximité d’un site remarquable n'est plus nécessairement un frein à l'installation de dispositifs photovoltaïques."

 

Quels seraient, selon vous, les points d’amélioration à apporter au produit ?

"Dans un 1er temps, je pense tout de suite aux inévitables réflexions liées au coût et au rendement du matériel.
Les tuiles sont un peu plus chères que les traditionnels panneaux. Elles sont moins connues, et donc moins demandées.
Notre service œuvre pour inciter, voir imposer dans certains cas, aux demandeurs de poser des panneaux ou tuiles rouges. L'intérêt étant de massifier les commandes pour agir sur la baisse sur les prix.
De la même façon, encourager les prises de commandes groupées peut réduire la facture finale, mais ce serait plus le rôle des artisans, des distributeurs ou des fabricants.

Si les tuiles ou panneaux rouges répondent mieux à nos critères d’esthétique que les panneaux noirs, elles doivent également se montrer assez performantes pour ne pas être un frein à leur diffusion.
Or, un film de couleur rouge est collé sur le verre, diminuant le rendement de 20%, les demandeurs en tiennent évidemment compte.
Ce différentiel pourrait-il être réduit ?
Les modules étant moins exploités, en seront-ils plus durables ? Ou au contraire, le fait de ne les utiliser qu’à faible régime les épuise-t-elles plus rapidement ?

En matière d'amélioration, il serait intéressant d'étudier la possibilité technique de fractionner encore plus les surfaces des tuiles photovoltaïques, pour se rapprocher des modules des grandes tuiles en terre cuites.

Ce sont autant d'interrogations, de remarques méritant des réponses favorables au développement de ces nouveaux produits, pour le grand bénéfice de nos paysages urbains."

* ANABF : Association Nationale des Architectes des Bâtiments de France

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